En 2016, j’ai pris un congé sabbatique de mon poste salarié de l’époque et je suis parti voyager pendant 8 mois. Après l’Asie et l’Amérique du sud, j’ai achevé mon voyage à Cuba début 2017 où ma maman est venu me retrouver pour marquer la fin de ce périple.

Rentrée en France, je suis resté très nostalgique de cette île, véritablement figée dans le temps avec ses vieilles voitures américaines, toujours un brin de musique dans l’air, tellement de couleurs partout, sur les murs de Trinidad comme sur les vêtements des cubaines et jusque dans leurs cheveux coiffés de foulards bariolés.

Ainsi, quand il a été question de réaliser la seconde collection de Cœur Grenadine, le voyage m’a inspirée (comme il l’avait fait à travers la collection Wild West avec le grand ouest américain). C’est tout naturellement que je me suis mise à imaginer mes tenues dans les rues de La Havane, de Trinidad, de Cienfuegos.

En parallèle, aux prémisses des dessins de la collection, j’avais fait à Bruxelles l’exposition « Revolutions : Records and Rebels » (https://bit.ly/2PC8Kfm) et je dois dire que j’en étais ressortie assez secouée. Tout d’un coup, j’étais face à une inquiétude : toute cette soif d’idéal, de retour à une vie plus saine, à une société plus juste que je croyais être propre à notre époque avait déjà existé 60 ans auparavant... Je le savais sans le savoir et cette expo me mettait au pied du mur tout d’un coup : ce combat avait été celui de nos aînés avant d'être le nôtre... Ceux qui avaient lutté contre le racisme, la guerre du Vietnam, l’Establishment, le consumérisme. Est-ce que cela signifie que nous sommes dans une boucle sans fin et que nos aspirations à développer une société plus juste (notamment dans l’industrie de la mode) resteront éternellement insatisfaites ?

Quoi qu’il en soit, j’avais trouvé les 2 thèmes de la seconde collection Cœur Grenadine et ils s’accordaient plutôt bien  : 

 Cuba et les années 60 !

Je me suis alors replongée dans les souvenirs de mon voyage cubain, 2 ans auparavant. J’ai regardé l’excellent documentaire sur Buena Vista Social Club, j’ai écouté Ibrahim Ferrer, imaginant le lancement de la collection printemps été sur l’une de ses musiques. Et je me suis aussi penchée sur les égéries féminines des années 60 telles que Brigitte Bardot, Twiggy ou encore Claudia Cardinale.

Dans la création de la collection, j’ai aussi choisi une démarche davantage collaborative. En effet, si pour Wild West, j’étais exclusivement passé par l’intermédiaire d’une modéliste qui réalisait les patronages de mes pièces pour l’atelier d’insertion, il en a été un peu autrement pour Cuban Holidays. J’ai eu envie de renforcer mes liens avec les couturières en atelier d’insertion et pour certaines pièces, comme la veste Eva, nous avons travaillé sans la modéliste, ce qui nous a permis une collaboration plus importante.

Enfin, pour le shooting, je rêvais de le réaliser à Cuba mais je n’avais pas les moyens de m’y rendre juste pour cela et quand bien même je les aurai eu, cela va totalement à l’encontre de ma démarche éco-citoyenne de parcourir autant de kilomètres uniquement pour réaliser un shooting.

En février, après une longue réflexion, je me suis dit que cela faisait plusieurs mois que je n’avais pas pris quelques jours de vacances et je me suis décidé à retourner à Cuba le mois suivant, 2 ans après cette première découverte de l’île, pour changer d’air, me reposer, prendre du recul avant le lancement de la seconde collection Cœur Grenadine mais aussi bien sûr… pour le shooting de Cuban Holidays !!

J’ai eu la chance de pouvoir tout organiser de France en trouvant mes mannequins et ma photographe à distance. Pour le reste, j’ai fait appel à l’improvisation : ne trouvant pas de Make Up Artist, j’ai pris la décision de m’en charger moi-même.

Billet en poche et les prototypes de la collection dans mon backpack, je suis partie pour 15 jours fin Mars avec Monsieur Chéri retrouver cette île que j’aime tant, la tête pleine d’espoir de transcrire dans la réalité ce que j’avais toujours imaginé et qui m’avait tant inspirée pour cette collection !

Arrivés à La Havane, il nous restait un point à régler 2 jours avant le shooting alors que nous étions en repérage dans les rues de la capitale cubaine  : le transport. En effet, dans ce pays, louer une voiture de location est hors de prix et nous allions avoir besoin de nous déplacer à 6 durant la journée de shooting…Alors que nous passions à pied près de Capitol, Monsieur Chéri m’a montré une drôle de vieille voiture arrêtée au feu rouge “Elle est marrante celle-là, elle serait bien pour ton shooting vu comme elle est grande !”. Il n’en a pas fallu plus pour que j’aille taper au carreau de la voiture de Raul qui est devenu notre chauffeur pour la journée de shooting accompagné de son frère Luis.

Cette expérience de shooting était ma troisième après les 2 shooting faits sur la collection Wild West et je ne suis pas prête de l’oublier !

 

 

 

 

 

 

Les mannequins Jhayna et Brenda, la photographe May et son assistant, les chauffeurs Raul et Luis sans compter toutes les personnes qui nous ont autorisées à réaliser les photos dans leurs propriétés, tout le monde a été réellement adorable ! Et bien sûr, je dois aussi remercier Monsieur Chéri sans qui j’aurai peiné à organiser ce shooting car il a guidé notre chauffeur Raul dans les rues de La Havane pour le mener jusqu’aux lieux de shooting, s’est également occupé des vidéos du making of, et de tellement d’autres détails auxquels je n’avais pas pensé...

La suite du voyage a été comme une véritable évidence qui faisait sens avec Cœur Grenadine, ce projet d’une mode plus juste, d’une consommation durable et raisonnée, d’une envie de retrouver ses vraies valeurs. Et pour cause ! D’une part, la quasi absence d’internet ne m’a pas laissé le choix de couper avec mon quotidien français et me concentrer sur le moment présent sur place (et comme un acte manqué, j’ai même oublié mon téléphone en France !). Ainsi j’ai “décroché” et me suis rendu compte de tout ce temps que l’on perd sur ce maudit téléphone, à s’inquiéter pour des problèmes qui ne sont même pas encore apparus, bien souvent les choses semblent d’ailleurs se résoudrent d’elles-mêmes quand on les laisse faire :).

Cuba a aussi été l’occasion de faire la rencontre touchante de Vladimir, le créateur des sandales Yanilis que nous vendons désormais sur le site. Nous l’avons rencontré sur un marché artisanal de La Havane à la fin de ces vacances /shooting inoubliables.

Comme si facilement à Cuba, l’échange s’est fait et avec lui notre envie de soutenir ce beau travail en ramenant quelques paires dans nos valises même si ça n’était pas prévu, même si pour cette fois, ça ne sera pas du Made in France.

Vladmir nous a confié son rêve de venir en France un jour mais aussi son impossibilité car le visa est trop cher pour sortir de Cuba, car sur ce qu’il gagne il est énormément taxé et qu’il lui reste tout juste chaque mois pour faire vivre sa famille de 8 personnes. Il nous a expliqué le rationnement et beaucoup de choses que personne n’a osé nous dire par peur des représailles. Grâce à lui, nous avons mieux compris la société cubaine et ses difficultés malgré la joie de vivre omniprésente.

D’autre part, j’ai pu admirer l’art de la récup à la cubaine  : rien n’est jeté, tout est réutilisé, transformé ! Bien sûr, cette capacité à réutiliser provient aussi de la situation politique de l’île qui si elle n’est plus sous embargo n’a des relations commerciales que très limitées avec certains pays. De ce fait, tout coûte assez cher sur place, et le salaire moyen cubain étant de 20€ par mois, il n’est pas question de jeter ni de gaspiller !

Ce voyage très spécial, mi-personnel, mi-professionnel restera dans mon esprit très longtemps. Il continuera de vivre dans les mois à venir tant que la collection Cuban Holidays sera en ligne et nous serons ravis de vous en partager régulièrement des morceaux via des photos, des vidéos, des anecdotes…

Julie

Leave a Comment

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.